FABLES

CINQ FABLES DE LA FONTAINE  (FABLES) posté le mardi 27 novembre 2007 19:56

CINQ FABLES DE LA FONTAINE
A DECOUVRIR

 

On ne compte pas moins de… soixante-quinze espèces animales différentes dans les fables de La Fontaine, de l’agneau au vautour, en passant par l’aigle, le bouc, le chat-huant, le cygne, le dauphin,

Le frelon, le hibou, le mulet, le perroquet, la puce, la tortue, etc.

Mais toutes les fables - en on dénombre deux cent quarante ! - n’ont pas des animaux pour héros, loin s’en faut ! Nous vous proposons de découvrir quelques fables moins célèbres que celles jadis apprises à l’école (le lièvre et la tortue ; le corbeau et le renard ; le loup et l’agneau…).

 

Le renard, les mouches et le hérisson.

Aux traces de son sang, un vieux hôte des bois,

Renard fin, subtil et matois,

Blessé par des Chasseurs, et tombé dans la fange,

Autrefois attira ce Parasite ailé

Que nous avons mouche appelé.

Il accusait les Dieux, et trouvait fort étrange

Que le Sort à tel point le voulût affliger,

Et le fit aux Mouches manger.

Quoi ! se jeter sur moi, sur moi le plus habile

De tous les Hôtes des Forêts !

Depuis quand les Renards sont-ils un si bon mets ?

Et que me sert ma queue ? Est-ce un poids inutile ?

Va ! le Ciel te confonde, animal importun.

Que ne vis-tu sur le commun ?

Un Hérisson du voisinage,

Dans mes vers nouveau personnage,

Voulut le délivrer de l’importunité

Du Peuple plein d’avidité :

Je les vais de mes dards enfiler par centaines,

Voisin Renard, dit-il, et terminer tes peines.

- Garde-t-en bien, dit l’autre, ami, ne le fais pas ;

Laisse-les, je te prie, achever leurs repas.

Ces animaux sont soûls ; une troupe nouvelle

Viendrait fondre sur moi, plus âpre et plus cruelle.

Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici-bas :

Ceux-ci sont courtisans, ceux-là sont magistrats.

Aristote appliquait cet apologue aux hommes.

Les exemples en sont communs,

Surtout au pays où nous sommes.

Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns.

 

Le loup, la mère et l’enfant

Ce Loup me remet en mémoire

Un de ses compagnons qui fut encor mieux pris.

Il y périt ; voici l’histoire.

Un Villageois avait à l’écart son logis.

Messer Loup attendait chape-chute à la porte.

Il avait vu sortir gibier de toute sorte :

Veaux de lait, Agneaux et Brebis,

Régiments de Dindons, enfin bonne Provende.

Le larron commençait pourtant à s’ennuyer.

Il entend un enfant crier.

La mère aussitôt le gourmande,

Le menace, s’il ne se tait,

De le donner au Loup. L’Animal se tient prêt,

Remerciant les Dieux d’une telle aventure,

Quand la Mère, apaisant sa chère géniture

Lui dit : Ne criez point ; s’il vient, nous le tuerons.

- Qu’est-ce ceci ? s’écria le mangeur de Moutons.

Dire d’un, puis d’un autre ? Est-ce ainsi que l’on traite

Les gens faits comme moi ? me prend-on pour un sot ?

Que quelque jour ce beau marmot

Vienne au bois cueillir la noisette !

Comme il disait ces mots, on sort de la maison :

Un chien de cour l’arrête. Epieux et fourches-fières

L’ajustent de toutes manières.

Que veniez-vous chercher en ce lieu ? lui dit-on.

Aussitôt il conta l’affaire.

Merci de moi, lui dit la Mère,

Tu mangeras mon Fils ! L’ai-je fait à dessein

Qu’il assouvisse un jour ta faim ?

On assomma la pauvre bête.

Un manant lui coupa le pied droit et la tête :

Le Seigneur du Village à sa porte les mit,

Et ce dicton picard à l’entour fut écrit :

Biaux chires Leups, n’écoutez mie

Mère tenchent chen fieux qui crie.

 

Le lion amoureux

Sévigné, de qui les attraits

Servent aux Grâces de modèle,

Et qui naquîtes toute belle,

A votre indifférence près,

Pourriez-vous être favorable

Aux jeux innocents d’une Fable,

Et voir, sans vous épouvanter,

Un Lion qu’Amour sut dompter ?

Amour est un étrange maître.

Heureux qui peut ne le connaître

Que par récit, lui ni ses coups !

Quand on en parle devant vous,

Si la vérité vous offense,

La Fable au moins se peut souffrir :

Celle-ci prend bien l’assurance

De venir à vos pieds s’offrir,

Par zèle et par reconnaissance

Du temps que les bêtes parlaient,

Les Lions entre autres voulaient

Etre admis dans notre alliance.

Pourquoi non ? puisque leur engeance

Valait la nôtre en ce temps-là,

Ayant courage, intelligence

Et belle hure outre cela.

Voici comment il en alla :

Un Lion de haut parentage ;

En passant par un certain pré,

Rencontra Bergère à son gré :

Il la demanda en mariage.

Le père aurait fort souhaité

Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner lui semblait bien dur ;

La refuser n’était pas sûr ;

Même un refus eût fait possible

Qu’on eût vu quelque beau matin

Un mariage clandestin.

Car outre qu’en toute manière

La belle était pour les gens fiers,

Fille se coiffe volontiers

D’amoureux à longue crinière.

Le Père donc ouvertement

N’osant renvoyer notre amant,

Lui dit : « ma fille est délicate ;

Vos griffes la pourront blesser

Quand vous voudrez la caresser.

Permettez donc qu’à chaque patte

On vous les rogne, et pour les dents,

Qu’on vous les lime en même temps.

Vos baisers en seront moins rudes,

Et pour vous plus délicieux ;

Car ma fille y répondra mieux 

Etant sans ces inquiétudes. »

Le Lion consent à cela,

Tant son âme était aveuglée !

Sans dents ni griffes le voilà,

Comme place démantelée.

On lâcha sur lui quelques chiens :

Il fit fort peu de résistance.

Amour, Amour, quand tu nous tiens

On peut bien dire : « Adieu prudence ».

 

La colombe et la fourmi

L’autre exemple est tiré d’animaux plus petits.

Le long d’un clair ruisseau buvait une Colombe,

Quand sur l’eau se penchant une Fourmi y tombe.

Et dans cet océan l’on eût vu la Fourmi

S’efforcer, mais en vain, de regagner la rive.

La Colombe aussitôt usa de charité :

Un brin d’herbe dans l’eau par elle étant jeté,

Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive.

Elle se sauve ; et là-dessus

Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus.

Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète.

Dès qu’il vit l’Oiseau de Vénus

Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.

Tandis qu’à le tuer mon Villageois s’apprête,

La Fourmi le pique au talon.

Le Vilain retourne la tête :

La Colombe l’entend, part, et tire de long,

Le soupé du Croquant avec elle s’envole ;

Point de Pigeon pour une obole.

 

Le chat et les deux moineaux

A monseigneur le Duc de Bourgogne

Un chat contemporain d’un fort jeune Moineau

Fut logé près de lui dès l’âge du berceau ;

La cage et le panier avaient mêmes pénates.

Le Chat était souvent agacé par l’Oiseau :

L’un s’escrimait du bec, l’autre jouait des pattes.

Ce dernier toutefois épargnait son ami.

Ne le corrigeant qu’à demi

Il se fût fait un grand scrupule

D’armer de pointes sa férule.

Le Passereau moins circonspect,

Lui donnait force coups de bec.

En sage et discrète personne,

Maître Chat excusait ces jeux :

Entre amis, il ne faut jamais qu’on s’abandonne

Aux traits d’un courroux sérieux.

Comme il se connaissaient tous deux dès leur bas âge,

Une longue habitude en paix les maintenait ;

Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait ;

Quand un Moineau du voisinage

S’en vint les visiter, et se fit compagnon

Du pétulant Pierrot et du sage Raton.

Entre les deux oiseaux, il arriva querelle ;

Et Raton de prendre parti.

Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle

D’insulter ainsi notre ami !

Le Moineau du voisin viendra manger le nôtre ?

Non, de par tous les Chats ! Entrant lors au combat,

Il croque l’étranger. Vraiment, dit maître Chat,

Les Moineaux ont un goût exquis et délicat !

Cette réflexion fit aussi croquer l’autre.

Quelle Morale puis-je inférer de ce fait ?

Sans cela toute Fable est un œuvre imparfait.

J’en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m’abuse,

Prince, vous les aurez incontinent trouvés :

Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse ;

Elle est ses Sœurs n’ont pas l’esprit que vous avez.

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Mais que sont donc les fables ?  (FABLES) posté le dimanche 14 septembre 2008 18:19

Mais que sont donc les fables ?

Nées dans l’antiquité, que sont-elles devenues ?

Une approche pédagogique qui a des allures théâtrales.

Définition

La fable est un court récit plutôt écrit en vers qu’en prose et ayant un but didactique, pédagogique et, à de très rares exceptions près, toujours moraliste. Elle se caractérise généralement par l’usage d’une symbolique animale, des dialogues vifs, et des ressorts comiques. La morale est soit à extraire de l’implicite du texte, soit exprimée à la fin ou, plus rarement, au début du texte. La morale est parfois, indirectement, destinée à de hauts personnages de l’époque ; soit une manière élégante de leur signifier ce que l’on en pense.


Les fables les plus caractéristiques comportent un double renversement des positions tenues par les personnages principaux : c’est un apologue animé.

La fable, dans sa forme la plus simpliste, était déjà pratiquée en Mésopotamie, près de deux mille ans avant notre ère. Des tablettes provenant de bibliothèques scolaires de l’époque racontent brièvement des histoires de renard vantard, de chien gaffeur "Le chien du forgeron, n’ayant pu renverser l’enclume, renversa le pot d’eau", de moustique présomptueux "Un moustique s’étant posé sur le dos d’un éléphant lui demanda si son poids lui était supportable ou s’il devrait plutôt s’envoler". Beaucoup de ces textes montrent une grande affinité avec les proverbes et ont une construction antithétique "Ce que tu as trouvé, tu n’en parles pas ; mais ce que tu as perdu, tu en parles". Toutefois, ils ne possèdent jamais de morale explicite. 

 

Hésiode, premier conteur de fables

 

Hésiode l’aède
Premier fabuliste reconnu.
Il est l’inspirateur de nombreux 
poètes célèbres tels que Virgile, Caton l’Ancien et Lucrèce. 

La première fable reconnue comme telle, est "Le rossignol et l’épervier", que raconte Hésiode, aux alentours du VIIIe siècle avant J.C., dans : Les travaux et les jours. On y voit un pauvre rossignol qui, pris dans les serres d’un épervier (ou un faucon), lui fait la leçon. Cette fable vise à faire réfléchir sur la notion de justice, à l’aide d’un raisonnement antithétique où le personnage principal exploite outrageusement sa position de force.

 La fable se développera surtout sous la plume d’Ésope, qui aurait vécu au VIe siècle avant notre ère et qui est considéré comme le père de la fable.

À l’époque classique, Socrate lui-même aurait consacré ses moments de prison avant sa mort à mettre en vers des fables d’Ésope. Il s’en serait expliqué de la façon suivante : "Un poète doit prendre pour matière des mythes [...] Aussi ai-je choisi des mythes à ma portée, ces fables d’Ésope que je savais par cœur, au hasard de la rencontre."

 

Le Premier Recueil


de Fables publié

 

Démétrios de Phalère publie le premier recueil de fables historiquement attesté. Ce recueil, perdu, a donné naissance à d’innombrables versions. Une de celles-ci a été conservée sous la forme d’un ensemble de manuscrits datant probablement du Ier siècle de notre ère, appelée l’Augustana. C’est à cette collection que l’on se réfère lorsqu’on parle aujourd’hui des fables d’Ésope.                          

Esope le Phrygien
Il est considé comme le père de la fable 
 

  Esope fabuliste
Courte biographie d’Esope le Phrygien, ainsi que quelques
oeuvres dont Jean de La Fontaine s’inspirât.
 

Phèdre et le premier


genre poétique


de la Fable

 

L'Avianus de Phèdre
Il fut le premier à faire de la fable une forme poétique.

De la Grèce, la fable passe à Rome. Horace propose une remarquable adaptation du Rat de ville et du Rat des champs (Satires, II, 6) que certains critiques estiment supérieure à la version de Jean de La Fontaine. Il sera suivi par Phèdre qui va véritablement faire de la fable un genre poétique. La vogue de la fable est grande dans le monde gréco-romain. Au IVe siècle, le poète romain Avianus en laisse une quarantaine, pour la plupart des adaptations de Phèdre mais dont plusieurs ne sont attestées nulle part ailleurs et sont fort bien construites.

  Le Renard et le Loup
Le manuscrit d’Avianus de cette fable qui sera reprise par d’autres.
 
De nombreuses fables inspirées d’Ésope circulent au Moyen Âge. Elles sont écrites en latin par Phèdre (Ier siècle), Babrius (IIe siècle) et Avianus (fin du IVe siècle). Les fables d’Avianus sont étudiées par tous les écoliers. Celles de Phèdre, largement recopiées dans les monastères, font l’objet, vers 1175, de deux adaptations en vers latins, qu’on appelle le Romulus.

Moyen-Âge et Moralité

 

La fable continue à se transmettre à travers tout le Moyen Âge sous des noms d’auteurs ou de collections qui ressemblent à des pseudonymes : Romulus, Syntipas, pseudo-Dosithée. Mais la qualité littéraire est alors délaissée au profit des moralités.

La thématique de la fable prend une singulière expansion avec le Roman de Renart, collection de récits dus à des clercs anonymes du XIIe siècle.

Mais ce douzième siècle sera fructueux : Marie de France publie un recueil de 63 fables. Ces fables, familières aujourd’hui encore grâce à La Fontaine, mettent en scène un monde animal pour un enseignement moral qui se double souvent d’une satire sociale et politique.
Recueil de fables de Marie de France
Une reproduction enluminée du recueil des 63 fables de Marie de France.
 
C’est sur ce modèle qu’au milieu du XIIe siècle un moine de Gand, appelé Nivard, rédige un poème en latin de 6500 vers. Dans ces histoires inspirées d’Ysengrinus (où apparaissent le personnage de Reinardus et ses premières aventures), la lutte du renard contre le loup sert de prétexte à une vigoureuse satire de la société féodale et de ses injustices. La fable cède ici la place à une comédie animale où tout se tient.


Influences en Asie et

retour "coloré" en France

La fable a également connu un succès remarquable en Inde, avec le Pañchatantra. Originellement rédigé en sanscrit, entre -300 et 570, ce recueil de fables connaîtra d’innombrables remaniements.

L’une des versions dérivées s’intitule Hitopadesha ou : "L’Instruction utile". On y trouve le bestiaire habituel des fables : âne, lion, singe, serpent..., avec la différence que le chacal y joue le rôle du renard.
Il influence l’Occident au terme d’un cheminement fort complexe. D’abord introduit en PerseKalîla wa Dimna, il sera ensuite traduit en hébreu, puis en latin sous le titre : Directorium humanae vitae en 1280. Pierre Poussines en fait une autre traduction en 1666 sous le titre : Specimen sapientiae Indorum veterum. 

Une version persane sera à son tour traduite en français en 1644 sous le titre : Le Livre des lumières ou la Conduite des Rois, composée par le sage Pilpay Indien, traduite en français par David Sahid, d’Ispahan, ville capitale de Perse, le nom du traducteur étant en fait un pseudonyme de Gilbert Gaulmin.

Ces ouvrages inspirent à leur tour certaines fables de La Fontaine, notamment "L’Ours et l’Amateur des jardins", "La Laitière et le pot au lait", "La Tortue et les deux Cygnes" et "Les Poissons et le Cormoran".


Le génie Jean de La Fontaine

  Jean de la Fontaine

Le conteur français de poèmes et de fables, sans doute le plus "complet"
 

 

En France, le succès prodigieux des fables de Jean de La Fontaine inspire bien des vocations : du grand seigneur au commis, en passant par le magistrat, le curé ou le marchand, tout un chacun s’essaie alors au genre de la fable. 

Le jésuite François-Joseph Desbillons, professeur, en produit cinq cent soixante. Jean-Jacques François Boisard  publie un recueil qui en contient mille et une. Jean-Pons-Guillaume Viennet publie en 1843 les fables qu’il a écrites pendant toute sa vie. Même Napoléon Bonaparte, avant d’être sacré empereur, en compose une, jugée assez bonne à l’époque.

Tous ces auteurs sont retombés dans l’oubli car peu usités en pédagogie scolaire et leurs publications ne seront plus rééditées. Un seul nom a survécu durablement au côté de celui de La Fontaine, celui de Jean-Pierre Claris, chevalier de Florian (1755-1794). Son recueil compte une centaine de fables. Celles-ci sont orientées soit vers une morale politique, soit vers une morale privée. Il s’inspire parfois de l’Anglais John Gay ou de l’Espagnol Tomás de Iriarte y Oropesa. 

 

Le siècle où la Fable se


fait pédagogique et


dramatique

 

Au XIXe siècle, la fable ne sera guère plus pratiquée en littérature ; elle devient un outil didactique et pédagogique. En Russie, toutefois, Ivan Krylov en fera son genre de prédilection.


La fable classique repose sur une structure double. Dès le titre, on trouve une opposition entre deux personnages dont les positions subjectives sont dissemblables : l’un est placé en position haute et l’autre en position basse. Grâce à un événement narratif imprévu, celui qui était en position haute se retrouve en position basse et vice versa. Ce schéma est désigné par Christian Vandendorpe comme « un double renversement. » Ce schéma, qui se retrouve dans des dizaines de fables (souvent les plus populaires), permet de « bloquer » la compréhension et de véhiculer une moralité claire.


Comme le dit Hegel, la fable « est comme une énigme qui serait toujours acccompagnée de sa solution. » Même si la fable n’a plus la popularité qu’elle a eue, le schéma qui en fait la force se retrouve dans le fait divers et dans la légende urbaine.


Pour Aristote, la fable est l’un des six éléments de la tragédie, avec les caractères, le chant, l’élocution, la pensée et le spectacle. La fable tragique est l’enchaînement des actions et des faits exposés, formant la narration. Autrement dit, dans le langage cinématographique, le scénario.

  Aristote
Buste d’un grand philosophe présocratique
qui se servit de la fable comme vecteur philosophiqu
e.
 
Car comme le disait Friedrich Nietzsche dans : "La philosophie à l’époque tragique des Grecs" : "Ils ont inventé les grands types de l’esprit philosophique, et la postérité toute entière n’a plus rien inventé d’essentiel qui puisse y être ajouté."
Ainsi le "modèle philosophique" de la Fable, est un instrument pédagogique qui date de la période grecque des Présocratiques. Ce moyen didactique a continué à évoluer jusqu’au XIXème siècle avec souvent des "mises aux goûts du jour". Les besoins moralistes et pédagogiques alternatifs ont été à la source de créations originales et ce, particulièrement au XIIème et XVIIème siècles.

  Le loup et l'agneau
Gravure de Gustave Doré.
 
La Fable, n’a rien perdu de son "actualité" lorsque l’on se penche sur les thèmes moralistes évoqués ; toutefois, ce modèle de "lecture" a tendance à se perdre dans l’oubli, quant à ce modèle "littéraire", qui sait ? Un jour peut-être, un regard neuf sera apporté à ces quelques 6.000 fables francophones que l’on peut actuellement recencer. 
 

Quelques notes :
- L’apologue est un "récit illustrant quelque vérité". Il est aussi défini comme un "court récit, exposé sous forme allégorique, et qui renferme un enseignement, une leçon de morale pratique".
- L’antithèse (ou ce qui est antithétique) est une figure de style opposant dans un même énoncé deux mots ou expressions contraires afin de souligner une idée par effet de contraste.
- François-Joseph Desbillons, poète latin moderne, né en 1711 à Châteauneuf en Berry, mort en 1789. Il entra chez les Jésuites, enseigna les humanités avec distinction à Nevers, à Caen, à La Flèche, puis vint à Paris afin de s’y livrer à son goût pour la littérature. Lors de la dissolution de la société des Jésuites, il se retira à Manheim où il resta jusqu’à sa mort. On a de lui :15 livres de fables latines fort estimées, sous le titre de Fabulai Msopicae, Manheim, 1768 ; deux poèmes : Ars bene valendi, 1788 ; De Pace christiana, 1789 des Miscellanea, 1792, où l’on trouve des odes, des lettres et deux nouveaux livres de fables. Il s’est beaucoup rapproché de Jean de La Fontaine.
Jean-Jacques François Marin Boisard, né à Caen en 1744 et décédé en 1833 est un fabuliste français. Il était secrétaire de l’intendance de Normandie depuis 1768 lorsqu’il fut nommé secrétaire du conseil des Finances du comte de Provence en 1768, puis secrétaire du sceau et de la chancellerie du comte de Provence en 1778 jusqu’en 1790. Après quelques années passées à Paris où ses opinions antirévolutionnaires ne lui valant que des problèmes, il retourne dans sa ville natale. Il commence à faire des fables en 1764, est l’auteur de huit recueils de fables dont Voltaire a parlé avec éloge dans sa correspondance privée avec Diderot. Il a écrit plus de 1 000 fables (publiées en divers recueils de 1773 à 1805). A la Révolution, il tomba dans l’oubli. Il a été membre de l’Académie de Caen. Son neveu, né en 1762, a également été auteur de fables ainsi que peintre (1817-1822).
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Les fables d'Esope  (FABLES) posté le lundi 29 septembre 2008 19:56

A propos d'Esope

 

Esope vivait aux VIIe et VIe siècles avant J.-C. On le considère comme le père de la fable. Mais a-t-il vraiment existé ? Rien n’est sûr, mais qu’importe ! Il est convenu désormais de parler plutôt de textes ésopiques que de fables d’Ésope. Ses fables constituent une somme de la sagesse populaire des Grecs. Elles inspireront ensuite Phèdre à Rome, puis les conteurs arabes. Les fables d’Ésope ont été compilées et publiées au XIVesiècle, par Planude, un moine byzantin. Isaac Nicolas de Nivelet avait publié en 1610 une version d’Ésope en latin, et cette traduction avait été rééditée en 1660. La Fontaine l’a sûrement lue et il est possible qu'il s'en soit inspiré pour ses propres fables. La légende disait Ésope laid et boiteux.

D’un Coq et d’une Pierre précieuse.

Un Coq en grattant un fumier, y trouva par hasard une Pierre précieuse ; il la considéra pendant quelque temps, et dit avec une espèce de mépris : – De quoi me peut servir une chose si belle et si brillante ? Elle serait bien mieux entre les mains d’un Lapidaire qui en connaîtrait le prix, et l’usage qu’il en faut faire. Mais pour moi qui n’en puis retirer aucune utilité, je préférerais un seul grain d’orge à toutes les Pierres précieuses du monde. –

 

D’un Loup et d’un Agneau.

Un Loup buvant à la source d’une fontaine, aperçut un Agneau qui buvait au bas du ruisseau ; il l’aborda tout en colère, et lui fit des reproches de ce qu’il avait troublé son eau. L’Agneau, pour s’excuser, lui représenta qu’il buvait au-dessous de lui, et que l’eau ne pouvait remonter vers sa source. Le Loup redoublant sa rage, dit à l’Agneau qu’il y avait plus de six mois qu’il tenait de lui de mauvais discours. – Je n’étais pas encore né, répliqua l’Agneau. Il faut donc, repartit le Loup, que ce soit ton père ou ta mère. – Et sans apporter d’autres raisons, il se jeta sur l’Agneau et le dévora, pour le punir (disait-il) de la mauvaise volonté et de la haine de ses parents.

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Quelques fables d'Esope  (FABLES) posté le jeudi 06 novembre 2008 17:46

Fables d'Esope

Du Rat et de la Grenouille

Dans le temps que la guerre était allumée entre les Grenouilles et les Rats, une Grenouille fit un Rat prisonnier, et lui promit de le traiter favorablement. Elle le chargea sur son dos pour faire le trajet d’une rivière qu’elle était obligée de passer pour rejoindre sa troupe. Mais cette perfide se voyant au milieu du trajet, fit tous ses efforts pour secouer le Rat et pour le noyer. Il se tint toujours si bien attaché à la Grenouille, qu’elle ne put jamais s’en défaire. Un oiseau de proie les voyant se débattre de la sorte, vint tout à coup fondre dessus, et les enleva pour en faire sa proie.

 

Du Cerf et de la Brebis

Un Cerf accusa une Brebis devant un Loup, lui redemandant un muid de froment. Elle ne lui devait rien. Cependant le Loup la condamna à payer ce que le Cerf lui demandait ; elle promit de satisfaire et d’exécuter la sentence au jour marqué. Quand le temps du paiement fut échu, le Cerf en avertit la Brebis. Elle protesta contre la sentence, et dit qu’elle ne payerait pas, ajoutant que si elle avait promis quelque chose, ce n’était que par la seule crainte du Loup son ennemi déclaré, et qu’elle n’était nullement obligée de payer ce qu’elle ne devait pas, puisqu’elle ne l’avait promis que par force.

 

Du Chien et de son Image

Un Chien traversant une rivière sur une planche, tenait dans sa gueule un morceau de chair, que la lumière du Soleil fit paraître plus gros dans l’eau, comme c’est l’ordinaire. Son avidité le poussa à vouloir prendre ce qu’il voyait, et il lâcha ce qu’il portait, pour courir après cette ombre. C’est ainsi que sa gourmandise fut trompée, et il apprit à ses dépens qu’il vaut mieux conserver ce que l’on possède, que de courir après ce qu’on n’a pas.

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Fables d'Esope  (FABLES) posté le dimanche 14 décembre 2008 20:42

Fables d'Esope

Le Lion cassé de vieillesse

Le Lion dans sa jeunesse abusant insolemment de sa force, et de l’ascendant qu’il avait sur les autres animaux, se fit plusieurs ennemis. Quand ils le virent usé et affaibli par les années, ils résolurent de concert de tirer vengeance de ses cruautés, et de lui rendre la pareille. Le Sanglier le meurtrissait avec ses défenses ; le Taureau l’attaquait avec ses cornes. Mais l’affront le plus sensible au Lion, était les coups de pied que l’Âne, le plus vil et le plus méprisable de ses ennemis, lui donnait en l’insultant.

 

D’un Rat de Ville, et d’un Rat de Village

Un Rat de Ville alla un jour faire visite à un Rat de campagne de ses amis, qui lui donna un repas frugal composé de racines et de noisettes. Après le repas, le Rat de Ville prit congé de son hôte, qui lui promit de l’aller voir à son tour. On le régala magnifiquement de confitures et de fromages ; mais le repas fut souvent interrompu par les valets de la maison, qui allaient et qui venaient de tous côtés, et qui causèrent de mortelles alarmes au Rat de Village ; de sorte que saisi de crainte, il dit au Rat de Ville qu’il préférait un repas frugal fait en repos et en liberté, et la pauvreté du Village, à la magnificence des Villes, et à une abondance pleine d’inquiétudes et de dangers.

 

Du Milan malade

Le Milan se voyant réduit à l’extrémité, et n’espérant plus de guérir par la force des remèdes, conjura sa mère d’aller prier les Dieux de lui rendre la santé. – Mon fils, lui répondit-elle, ce serait en vain que tu attendrais du secours du côté des Dieux, après avoir profané si souvent leurs Autels, et les Sacrifices qu’on leur offrait.

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