PABLO NERUDA
D'origine modeste, le poète chilien
Neftali Ricardo Reyes dit Pablo Neruda commence à
écrire dès l'adolescence et publie son premier
recueil "Crépusculaire" en 1923. Il mène de front une
carrière littéraire et politique : sa vie sera
marquée par les voyages et l'exil. Dès 1927, Pablo
Neruda occupe plusieurs postes consulaires et est élu
sénateur des provinces minières du Nord du Chili en
1945. Communiste, les persécutions du président de la
République, Gabriel González Videla, l'obligent
à fuir son pays. En 1970, il est nommé ambassadeur du
Chili du président socialiste Allende. En 1971, il
reçoit le prix Nobel de littérature pour une oeuvre
poétique colossale
teintée de lutte politique et de révolte avec le
"Chant général" (1950), mais aussi d'un lyrisme
délicat avec "Vingt poèmes d'amour" et "Une chanson
désespérée" (1924). Neruda est aussi le
poète de la terre et de l'amour. Il meurt peu après
le putsch militaire de septembre 1973 qui renverse le gouvernement
socialiste et instaure la dictature de Pinochet.
Les anecdotes sur Pablo
Neruda
D'un Neruda
à l'autre
De son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, le poète
choisit à seize ans son nom de lettres 'Pablo Neruda' en hommage au poète
tchèque Jan Neruda (1834-1891).
Ses
citations
« La
vérité, c’est qu’il n’y a pas de
vérité. »
[ Pablo
Neruda ] - Fin du monde
« Un
seul mot, usé, mais qui brille comme une vieille
pièce de monnaie : merci ! »
[ Pablo
Neruda ]
« La parole est une aile
du silence. »
[ Pablo
Neruda ]
Biographie
Pablo
Neruda, de son vrai nom Neftalí Ricardo
Reyes Basoalto , était un poètechilien,
né le 12 juillet 1904 à Parral (province
de Linares, Chili), mort le 23 septembre 1973 à Santiago du
Chili.
Sa mère,
doña Rosa Basoalto, institutrice, meurt un mois après
sa naissance. Son père, don José del Carmen Reyes
Morales, se remariera en 1906. Son premier apprentissage est la
nature Mon enfance, ce sont des souliers mouillés, des
troncs cassés / Tombés dans la jungle,
décorés par les lianes. C'est la découverte du
monde du vent et du feuillage.
De 1910 à
1920, il a fréquenté le lycée pour
garçons de Temuco au Chili. À treize ans
déjà, il publie ses premiers poèmes et textes
en prose. À partir de 1921, il étudie la langue et la
littérature française à Santiago et la
pédagogie. Il choisit son pseudonyme en hommage au
poète tchèque Jan Neruda (1834-1891), et veut
devenir professeur de français. Il se fait très
rapidement une renommée avec ses publications et des
récitals de poésie.
A dix-neuf ans, il
publie son premier livre Crepusculario
(Crépusculaire). Suit, un an plus tard, Veinte poemas de
amor y una canción desesperada (Vingt Poèmes
d'amour et une chanson désespérée).
En 1927, Neruda
entre au service diplomatique. Il devient consul à Rangoon,
Colombo, Batavia, Calcutta, Buenos Aires. En 1932, il rentre au
Chili, en 1933, il publie Residencia en la tierra 1935, il
est consul en Espagne où il entretient des relations
amicales avec Federico Garcia Lorca qu'il avait connu à
Buenos Aires et qui aura une influence déterminante sur sa
vie et son œuvre, mais aussi avec Rafael Alberti et Jorge
Guillen. Après le putsch fasciste de Franco du 18 juillet et
l'assassinat de Garcia Lorca, Neruda se fait l'avocat de la
République espagnole. Il est révoqué comme
consul et commence España en el corazón
(L'Espagne au cœur) qu'il publie en 1937 et dans lequel il
franchit un pas décisif dans sa démarche. Son chant,
de sombre et solitaire, devient solidaire et agissant
Comité hispano-américain pour le soutien à
l'Espagne et l'Alliance des intellectuels chiliens pour la
défense de la culture. Il fait des voyages au Mexique,
à Cuba et au Pérou. Il visite la forteresse inca de
Machu Picchu. En 1945, il est élu au Sénat et devient
membre du parti communiste chilien.
En 1946, Neruda
dirige la campagne électorale de Gonzalez Videla qui,
après son élection comme président, se
révèlera être un dictateur farouchement
anticommuniste. Le poète réagit par un discours au
sénat portant le célèbre titre d'Emile Zola :
J'accuse ! Il peut à peine échapper
à son arrestation et se réfugie à
l'étranger. Son exil en Europe le conduit en URSS, en
Pologne, en Hongrie, en Italie. Il visitera également l'Inde
et le Mexique. C'est là que paraîtra en 1950 son Canta
General (Chant Général), écrit dans la
clandestinité. L'œuvre est immédiatement
interdite au Chili.
En 1949, Neruda est
devenu membre du Conseil Mondial de la Paix à Paris, en
1955, il obtient, ensemble avec Pablo Picasso, le Prix
international de la Paix et en 1953, le Prix
Staline international pour la Paix. Il
rencontre la femme de sa vie, Matilde Urrutia qui l'inspire pour
des poèmes d'amour d'une fulgurante beauté Cien
sonetos de amor (La Centaine d'Amour). De retour au Chili en
1952, il publie en 1954 les Odes
élémentaires. En 1957, il devient
président de l'Union des écrivains chiliens,
l'année suivante il publie : Extravagario
(Vaguedivague). Cette même année, tout comme en 1964,
il soutient pleinement la campagne électorale de Salvador
Allende Goossens comme candidat à la présidence de la
République. Il a été à cette
période l'une des cibles du Congrès pour la
liberté de la culture, association culturelle anticommuniste
fondée en 1950. En 1964, Neruda publie Memorial de Isla
Negra, le retour sur son passé et son rêve d'une
humanité plus fraternelle. En 1965, il est nommé
Doctor honoris causa de l'Université d' Oxford.
Sa seule
pièce de théâtre : Fulgor y muerte de
Joaquín Murrieta (Splendeur et Mort de Joaquín
Murrieta) est créée en 1967. Neruda publie, coup sur
coup, La Barkarole (La Barcarole), Las manos del
dia (Les mains du jour) et Arte de pájaros
(L'Art des Oiseaux). En 1969, le parti communiste le désigne
comme candidat aux élections présidentielles, mais
Neruda renonce en faveur d'Allende comme candidat unique de
l'Unidad Popular. Après l'élection d'Allende, Neruda
accepte le poste d'ambassadeur en France où il rencontrera
Mikis Theodorakis et où il publiera La espada
encendida (L'épée en flammes) et Las piedras
del cielo (Les pierres du ciel), livres, dans lesquels sa
méditation sur la solidarité nécessaire et le
silence du monde, atteint son expression la plus
intense.
Le 21 octobre 1971,
Pablo Neruda obtient, après Gabriela Mistral en 1945 et
Miguel Angel Asturias en 1967, comme troisième
écrivain d'Amérique Latine, le Prix Nobel de
littérature. En 1972, il retourne au Chili et est
triomphalement accueilli au stade de Santiago. Neruda rédige
Incitación al Nixoncidio y elogio de la
revolución (Incitation au nixoncide et éloge de
la révolution).
Le Coup d'Etat du 11
septembre 1973 au Chili renverse le président élu,
Salvador Allende. La maison de Neruda à Santiago est
saccagée et ses livres sont jetés au bûcher. Le
poète et homme politique meurt le 23 septembre 1973 d'un cancer du
pancréas, à la Clinique Santa Maria de Santiago. Son
inhumation devient, malgré une surveillance policière
effrayante, une manifestation de protestation contre la terreur
militaire. En 1974, l'autobiographie de Neruda Confieso que he
vivido (J'avoue avoir vécu), paraît
à titre posthume, extrait :
<<Je veux
vivre dans un pays où il n'y a pas
d'excommuniés.
Je veux vivre dans un monde
où les êtres seront seulement humains, sans autres
titres que celui-ci, sans être obsédés par une
règle, par un mot, par une
étiquette.
Je veux qu'on puisse entrer dans
toutes les églises, dans toutes les
imprimeries.
Je veux qu'on n'attende plus jamais
personne à la porte d'un hôtel de ville pour
l'arrêter, pour l'expulser.
Je veux que tous
entrent et sortent en souriant de la mairie.
Je ne
veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit
poursuivi par des motos.
Je veux que l'immense
majorité, la seule majorité : tout le monde,
puisse parler, lire, écouter,
s'épanouir.>>
Je
prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
dans ma patrie
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.
Qu'aucun
de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique: je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma,
que nous sortions
boire le plus rouge des vins.
Je ne
suis rien venu résoudre.
Je suis
venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.
Pablo
Neruda
Extrait de "El Canto General"
Traduction collégiale
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